Les douze étapes

Traduction d'un article par Clementine Morrigan

Depuis Noël je suis sur la traduction du zine « Fuck the Police Means We Don't Act Like Cops to Each Other » de Clementine Morrigan pour mes proches. En attendant qu’elle publie sa propre traduction (qui est en cours), voilà un des chapitres de ce zine.


Je suis un programme en douze étapes pour l’alcoolisme et j’ai souvent réfléchi à la manière dont ces programmes offrent un modèle dont les communautés queers et de justice sociale auxquelles j’appartiens ont vraiment besoin.

La manière dont ça marche c’est que peu importe ce qu’on a fait, on est inconditionnellement bienvenu-e et soutenu-e par la communauté. On commence par être ressourcé, par développer une spiritualité qui nous convienne et par développer une communauté d’amis qui sont là pour nous. Il n’y a pas à le mériter, c’est offert librement.

Ensuite on entame un processus d’introspection pour avoir une vision honnête sur nos actes et sur le tort qu’on a pu faire à soi-même et aux autres. Quand c’est fait correctement cela n’implique pas de sentiment de honte, car c’est ancré dans un environnement d’amour et d’acceptation inconditionnelle. Les gens peuvent regarder réellement en eux-mêmes, car iels n’ont plus peur qu’en le faisaient iels risquent de tout perdre.

Puis vient le processus de se montrer honnête avec une personne de confiance, à propos de tout. Il ne s’agit pas d’un confessionnal ou de s’exposer aux médias sociaux pour se repentir de ses péchés. C’est une expérience de vulnérabilité et d’honnêteté face à quelqu’un qui reconnaît le caractère sacré de cette confiance. Nous réagissons les uns aux autres d’une manière qui ne prends pas les torts causés à la légère mais qui les contextualise et travaille à comprendre comme ils ont pu se produire. C’est dans ce contexte d’affection que les gens peuvent ressentir le remord sans sombrer dans la honte.

Enfin, on prend toutes ces informations et on brainstorm pour trouver le meilleur moyen d’agir et de se montrer responsable envers la communauté et les personnes à qui nous avons fait du mal. Ce n’est pas une auto-humiliation publique mais une tentative de rendre ce que nous avons pris quand c’est possible, de redresser la situation, d’exprimer des remords sincères et faire ce qui est en notre pouvoir pour offrir une réparation. C’est aussi prendre acte d’une constante modification de nos comportements et de notre engagement à guérir et à grandir.

C’est un processus qui ne requiert pas le pardon. Il est possible de se pardonner et de s’aimer soi-même même si on ne nous pardonne pas, et nous comprenons que nous avons quand même le droit de continuer à vivre, à ressentir de la joie, de l’amour et toutes les émotions humaines. Cependant le pardon est souvent accordé, car les gens veulent uniquement que leur peine soit vraiment reconnue et qu’un réel travail de réparation est entamé.

J’ai souvent exprimé et reçu des regrets de cette manière et c’est une expérience merveilleuse et puissante de réparation.

Malheureusement, dans les milieux de justice sociale il se passe tellement souvent l’opposé exact de ça. Les gens voient leur communauté et son soutien leur être entièrement retiré « jusqu’à ce qu’elles prennent leurs responsabilités » dans un processus de peur et de honte qui dérobe aux gens les conditions, l’entourage et les outils dont iels ont besoin pour faire le travail nécessaire et profond de se montrer réellement responsables. Il est attendu de faire une démonstration publique d’auto-flagellation, alors que c’est terrifiant et forcément peu sincère, car motivé par la peur d’être encore plus isolé plutôt que par la volonté de réparer ses torts. Ça n’aide pas du tout les gens à avancer vers l’intégrité et le respect de soi requis par le fait de se montrer responsable.


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Merci et bon courage pour 2021.