Le toucher

Ce texte est la traduction de « Touch » inclut dans le fanzine « Fucking Trans Women #0 » par Mira Bellwether.


Laisse-moi te parler des mes zones inaccessibles : Je n’en ai aucune, je suis le contraire d’une stone.

J’aime être touchée et saisie à n’importe quel endroit de mon corps sans exception. Le contact humain me fait me sentir bien et je le désire de la même façon que je désire la lumière du soleil, l’air et l’eau. Le toucher me fait me sentir bien avec moi-même. Il me fait me sentir connectée à mon propre corps, ce qui est la manière dont je préfère me sentir.

C’est pour cela que je me sens triste d’être touchée moins fréquemment depuis ma transition, amours et ami⋅es inclues. Et je parle ici de se tenir la main, aux caresses appuyées sur le haut des cuisses, en passant par un contact amical sur l’épaule.

« Non je suis pas particulièrement à cran aujourd’hui, c’est juste que tu es la première personne à me toucher aujourd’hui. »

Ça sonne pire que ce que ça l’est. Je ne suis pas une pathétique solitaire que personne ne touche jamais. Mais je me demande où tous les contacts sont passés et pourquoi ils ont disparu.

Je crois que ce qui survient généralement, même chez mes ami⋅es, c’est la peur de me toucher à un endroit qu’il ne faut pas, ou donner l’impression d’être irrespectueuxe. Je pense que c’est une tentative de politesse. Mes amant⋅es le font également. Cette politesse est mal placée. Et si elle trouve son chemin jusqu’aux moments les plus intimes, ça devient un vrai problème.

Merci d’arrêter d’être poli⋅es.

C’est le contact qui me semble poli et amical. Mon corps peut avoir l’air différent de ce à quoi tu es habitué⋅e mais c’est juste mon corps, ils sont tous un peu différents les uns des autres. La transidentité ne se transmet pas par le toucher, et généralement, ça ne sent pas mauvais.

Je veux que tu me touches

Voilà une chose compliquée à dire à quiconque et je n’ai pas encore trouvé de manière simple d’aborder cette question. Mais vraiment, arrête d’être poli⋅e et commence à me toucher plus souvent, que tu sois mon ami⋅e ou mon amant⋅e. Si tu es mon ami⋅e je ne te demande pas de te mettre en quatre pour le faire, mais je ne m’en plaindrai certainement pas si tu le faisais.

Le toucher est ce qui nous fait nous sentir humain⋅es, ce qui nous fait sentir bienvenu⋅es, et aimé⋅es, et vivant⋅es, et belles, et beaux et absolument désiré⋅es par les gens qui nous aiment.

Ce n’est pas comme si je ne remarquais pas quand tu te dérobes même si tu prends l’air de rien. Je peux voir la différence. Tout le monde peut. Je remarque quand mon toucher ou mes compliments te donnent cet air de biche ou de cerf effrayé⋅e par des phares, ou que tu ne sais pas comment répondre. Je remarque quand tu mets un instant de trop à rendre mon étreinte. Je sens quand on partage amicalement un lit mais que ton corps se fait raide. Je ne dis rien, mais je le remarque. Et ça me rends triste.

Mais si on couche ensemble, j’ai besoin que tu me touches plus. Touche moi tout le temps. Fais des mains et des pieds pour ça car la plupart de mes amant⋅es des trois années passées qui n’étaient pas d’autres femmes trans ont eu un excès de prudence et m’ont laissée me sentir intouchée et intouchable.

« Intouchable » est un sentiment horrible à ressentir, particulièrement pendant le sexe. Sans m’attarder sur le négatif, si quelqu’un ne me touche pas ça me laisse penser assez fortement qu’iel ne me trouve pas désirable. Je sais que ça n’est pourtant pas le cas si on couche ensemble alors quel est le problème ? Met tes mains sur mon corps ! Trouve les endroits que tu préfères toucher et NE LES LÂCHE PLUS. C’est ça qui me fait me sentir désirable. Être touchée. Beaucoup. Partout. Plus il y a de mains sur mes cuisses, mes bras, ma poitrine, mon ventre, mes jambes, mes épaules, mon dos, mieux c’est.

S’il te plaît, arrête d’être poli⋅e et si tu fais ça pour une raison différente, arrête ça aussi.

Je veux que tu me touches et, vraiment, je suis tout à fait tangible.

Parce que tu es mon amant⋅e, parce que tu es mon rencard, parce qu’on couche ensemble, je veux que tu touches mes seins, même si ils sont petits. Je veux que tu embrasse mes lèvres, même si elles sont fines. Je veux que tu me tiennes la main quand on marche dans la rue. Je veux que tu aspires mon corps, mes seins, mes doigts. Je veux sentir ta langue sur l’intérieur de mes cuisses et entre mes fesses. Tu es magnifique et il n’y a nulle part où je ne veux pas te toucher parce que tu es magnifique. Chaque partie de toi est superbe et sexy et parfaite.

Je veux me sentir comme ça. Je veux m’abandonner dans tes bras et que tu me serres aussi fort que tu peux parce que je suis magnifique et spéciale. Je ne veux pas me demander si tu as peur de me toucher. Je veux savoir, je veux sentir que tu ne l’es pas.

Et je dois admettre que ça m’atteint parfois. Je commence à me demander « Est-ce que je suis intouchable ? Est-ce que quiconque me désire vraiment ? » et bien sûr que tu me désires. Je le sais. Mais je veux que tu me le montres de toute façon.

Pourtant ça peut être difficile d’être touchée parfois, parce que j’ai tant l’habitude de ne pas l’être. Mais je veux que tu me touches. Même dans ces moments où je ne peux pas l’être je souhaite que tu puisses le faire, me toucher et me réconforter. Et sache que si je ne te touche pas, ce n’est pas car je ne le veux pas. Je veux tout le temps te toucher.

Voilà ce que je sais : Je sais que mes amant⋅es veulent me toucher. Je sais qu’iels me voient pour ce que je suis et pense « C’est la meuf la plus sexy de la pièce et c’est ma meuf. » Et parce que je sais que je le suis, je te demande de me toucher.