Désir lesbien, amour hétéro

Je sais faire la différence entre l'amour lesbien et l'amour hétéro. À mes yeux, ils n'ont tellement rien à voir que ça tombe sous le sens sans avoir besoin de l'expliquer. Le désir d'une lesbienne pour une autre femme n'a rien de commun avec le désir d'un homme pour une femme. Ni même avec celui d'une femme pour un homme.

Ça n'a rien à voir avec le fait que les femmes seraient plus douces ou discrètes ou passives, il suffit de lire de la littérature lesbienne ou nous écouter parler entre nous pour s'en rendre compte. Mais il y a quelque chose et quand on me demande de l'expliquer j'en suis incapable.

J'ai su que j'étais lesbienne bien avant de savoir que j'étais une femme. Quand j'ai commencé à regarder Buffy contre les vampires à l'âge de treize ans mon personnage préféré était Willow Rosenberg et j'étais incapable de dire si je voulais être elle ou si j'en étais amoureuse. Elle se découvre lesbienne dans la saison 4 en arrivant à l'université, quand moi j'arrivais au lycée.

J'ai appris beaucoup trop tard que les garçons pré-adolescents, supposément hétéro, ne s'identifient pas à la jeune fille timide qui est amoureuse de son meilleur ami depuis la maternelle. En tout cas pas comme je pouvais m'y identifier.

Et j'ai appris beaucoup trop tard que les garçons adolescents, supposément hétéro, n'ont pas le cœur qui se rempli de joie quand le personnage féminin sur lequel ils ont jeté leur dévolu fait son coming-out de lesbienne. En tout cas pas comme le mien l'a fait.

Je crois qu'il y a quelque chose qui se rapporte à la possession ou à la compétition dans le désir hétéro et qu'on ne retrouve pas dans le désir lesbien. Je crois que les hétéro essayent de prouver quelque chose au monde à travers leur désir. Je crois que leur désir s'exerce au travers du désir des autres.

Alors ils demandent « Vous connaissez ma femme ? Elle est belle hein ? » et elles se rassurent « Vous avez vu mon copain il fait la vaisselle et le ménage, les mecs sont nuls mais mon copain est génial. »

Jusqu'à un certain moment dans ma vie je suis toujours tombée amoureuse de filles à réparer. Je me disais qu'avec assez d'amour et d'attention elles verront que le monde n'est pas intégralement rempli de personnes comme celles qui les ont blessées ou traumatisées. Qu'il y a d'autres personnes, capables, elles, de douceur, dignes de confiance et je voulais être cette première personne pour elles. Et tant pis si une fois plus fortes elles partaient.

J'ai longtemps cru que j'étais un nice guy. Parce que c'est ce que disent les nice guys. Ils sont gentils avec les filles et elles se cassent chez les bad boys. J'ai compris trop tard que les nice guys sont gentils pour obtenir du sexe et s'en vanter auprès des copains. Et j'ai compris trop tard que voir sa propre valeur dans le travail émotionnel qu'on est capable d'effectuer c'est quelque chose de largement féminin.

Les hommes hétéro me donnent toujours l'impression de chercher à plaire aux autres hommes et à attiser leur jalousie en ayant la plus bonne meuf. Et les femmes hétéro à attiser la jalousie des autres femmes en ayant le gars le moins pire.

Je crois que le désir lesbien n'a pas besoin d'une audience pour compter. Les lesbiennes n’ont rien à prouver. Une lesbienne ne cherche pas à montrer que sa meuf est la plus belle, ou que sa meuf est celle qui la traite le moins mal. Des lesbiennes peuvent s'aimer pour ce qu'elles sont l'une pour l'autre. Admirer leurs forces respectives et comprendre leurs vulnérabilités sans que la valeur principale de leur amour passe par le regard des autres.

Je ne connais pas d'hétéro capable d'aimer comme ça.